Route atlantique : l’Espagne mise sur la Mauritanie alors que les pirogues affluent de nouveau vers les Canaries

En visite à Nouakchott le 3 novembre 2026, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a salué le rôle de la Mauritanie dans le contrôle des départs vers les îles Canaries et plaidé pour davantage de retours de migrants. Sa visite intervient alors que les pirogues parties du Sénégal et de la Gambie arrivent de nouveau en nombre à El Hierro.

Ce que Madrid attend de Nouakchott

Au cours de cette visite officielle d’une journée, le ministre espagnol a été reçu par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Il s’est aussi entretenu avec son homologue de l’Intérieur, Mokhtar Ould Ahmed Bousseif, et avec la ministre des Pêches et des Infrastructures maritimes et portuaires, Aïssata Lam, dont dépendent les garde-côtes. Selon les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur relayés par l’agence Europa Press, la Mauritanie a intercepté depuis janvier 37 embarcations qui se dirigeaient vers les Canaries, soit plus de 4 300 personnes qui n’ont pas atteint l’Espagne.

L’Espagne maintient 40 policiers et gardes civils sur le sol mauritanien, avec deux bateaux, un hélicoptère et 14 véhicules tout-terrain, auxquels s’ajoutent des avions et des navires lors de patrouilles conjointes. Un officier de liaison mauritanien travaille au Centre de coordination régional des Canaries. Fernando Grande-Marlaska a proposé d’étendre à Nouakchott le modèle de l’équipe d’enquête policière conjointe installée à Nouadhibou, et a présenté le retour des migrants comme « un élément fondamental » d’une politique migratoire efficace, en raison de son effet dissuasif. Aucun montant financier n’a été annoncé.

Sur l’océan, les départs reprennent

Sur le terrain, la route atlantique connaît une nette reprise depuis début octobre. Au 15 octobre, le ministère espagnol de l’Intérieur comptait 8 970 arrivées aux Canaries depuis janvier ; au 31 octobre, le total atteignait 13 327. Il s’en est donc ajouté plus de 4 300 en seulement deux semaines. Sur l’ensemble des dix premiers mois, les Canaries restent légèrement en dessous de 2025 (-5,5 %), alors que les arrivées irrégulières dans toute l’Espagne progressent de 8,9 %, à 32 942 personnes. Selon la Croix-Rouge citée par Infobae, plus de 1 900 personnes sont arrivées à bord de 23 embarcations en trois jours, au début de novembre.

Plusieurs pirogues venues d’Afrique de l’Ouest ont accosté à El Hierro ces derniers jours. Le 1er novembre, une embarcation de 107 personnes partie du Sénégal a été escortée jusqu’au port de La Restinga, et une seconde, avec 90 passagers dont 13 mineurs, a été secourue le lendemain. Toujours le 2 novembre, 59 Sénégalais et Gambiens partis de Saint-Louis ont été secourus à environ deux milles au sud de l’île, après cinq jours de mer. Plus au sud, une pirogue partie le 25 octobre de Kartong, en Gambie, a été interceptée le 31 octobre au large de Nouadhibou. Selon la presse sénégalaise, elle transportait 134 personnes : 86 Gambiens, 44 Sénégalais et 4 Guinéens, dont deux bébés.

La route reste particulièrement meurtrière. L’ONG Caminando Fronteras comptait déjà 635 morts sur cet itinéraire entre janvier et début juin 2026, ce qui en fait la plus dangereuse vers l’Espagne.

Sources : Diario Siglo XXI / Europa Press ; The Objective ; Madar ; Crónica del Henares (bilan du ministère de l’Intérieur) ; Infobae ; Senego ; Senego ; Exclusif.net

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