Le Danemark, la Grèce, l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-bas ont annoncé vendredi lors d’une réunion à Copenhague qu’un accord avec un pays tiers en dehors de l’Union européenne devrait être signé début 2027 pour la création d’un « hub retour ». Aucun État n’a été mentionné mais le Rwanda est déjà évoqué comme possible pays pour y envoyer des migrants déboutés de l’asile sur le sol européen.
C’est un pas de plus vers l’expulsion hors Union européenne (UE) des demandeurs d’asile déboutés. Le Danemark, la Grèce, l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-bas ont annoncé, vendredi 4 septembre, lors d’une réunion à Copenhague leur intention de négocier un accord avec un pays tiers en dehors de l’UE autour du 1er janvier 2027 pour y envoyer des migrants déboutés de l’asile.
« Vers le Nouvel An, nous espérons être parvenus à un accord de principe avec un pays partenaire situé en dehors de l’Union européenne » pour l’installation d’un « hub de retour », a déclaré le ministre danois des Migrations Morten Bødskov, dont le pays est prêt à renvoyer des migrants déboutés dès l’année prochaine.
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Concrètement, ces « hubs retour » sont assimilables à des centres de rétention ou de transit situés hors du sol européen. Les Vingt-sept pourront y envoyer des migrants déboutés du droit d’asile qui ne peuvent pas être expulsés directement vers leur pays d’origine.
« Briser le modèle économique des passeurs »
Les cinq pays ont assuré que ce modèle contribuerait à rendre le système migratoire plus « humain ». D’après ses principes-cadres, il « sera également un outil pour briser le modèle économique de cyniques passeurs de migrants qui exploitent des personnes vulnérables risquant leur vie lors de voyages périlleux vers l’Europe ».
Ces centres de retour ne sont pas des « camps », a assuré Morten Bødskov. « Il s’agit d’offrir une nouvelle chance aux migrants en situation irrégulière qui ne peuvent pas retourner aujourd’hui dans leur pays d’origine et qui n’ont aucun fondement juridique pour rester dans notre pays », a-t-il dit.
Aucune mention du pays pressenti n’a été faite pendant la conférence de presse.
Mais à son arrivée à la réunion, le ministre grec des Migrations et de l’Asile, Thanos Plevris, avait indiqué que « des discussions ont déjà eu lieu avec différents pays hors UE, qui en sont à un stade avancé », sans plus de précisions. « L’objectif du programme est qu’en 2027, le centre de retours soit mis en service dans un pays en dehors de l’Union européenne », a-t-il ajouté.
Le Rwanda évoqué comme pays tiers partenaire
Pour l’instant, l’Ouganda et surtout le Rwanda sont considérés comme des destinations possibles. Le gouvernement rwandais a affirmé en août que des « discussions préliminaires » étaient en cours avec des États européens pour que le pays serve de lieu de transit à des migrants expulsés d’Europe.
Un précédent gouvernement danois avait engagé des négociations directes avec ce pays avant d’y renoncer pour trouver une solution européenne. « Lorsque nous avons lancé ce débat, il n’était pas partagé par tout le monde. On s’en est moqué, on disait que c’était totalement irréaliste, et on affirmait aussi que c’était en conflit direct avec toutes les obligations internationales qui sont les nôtres », a rappelé Morten Bødskov. « Et aujourd’hui, nous en sommes là », s’est-il félicité.
Depuis plusieurs années, le Rwanda dispose du centre de transit de Gashora. Il accueille les migrants évacués de Libye dans le cadre d’un programme onusien appelé « Mécanisme de transit d’urgence » (ETM). Mis en place par le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) en 2019, ce programme vise à évacuer les publics vulnérables des centres de détention libyens, de les installer dans le centre rwandais, puis de les transférer dans un pays occidental – où leur dossier d’asile est accepté.
Ce n’est pas la première fois que Kigali se prépare à accueillir potentiellement des migrants expulsés d’Europe. Un accord d’externalisation de l’asile avait déjà été conclu entre le pays africain et le Royaume-Uni en 2022. Mais face à de nombreuses contestations judiciaires, il avait rapidement tourné au fiasco puis avait été abandonné par le gouvernement de Keir Starmer.
Critiques
Le Parlement européen a approuvé en juin un règlement sur les retours de migrants déboutés du droit d’asile – qui vient en appui du Pacte asile et migration -, incluant la possibilité pour ses pays membres de conclure des accords afin d’installer des centres de rétention hors des frontières de l’Union.
La mise en place de ce « règlement retour » suscite des inquiétudes de défenseurs des droits humains.
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Le Conseil de l’Europe, une institution qui ne fait pas partie de l’UE et qui promeut les droits de l’Homme, la démocratie et l’État de droit sur l’ensemble du continent, a déclaré en juillet que les centres de retour et autres dispositifs de ce type présentaient des « risques considérables en matière de droits de l’Homme ».
Vendredi, quelques heures avant la réunion des cinq ministres européens, le Picum (Plateforme pour la coopération internationale sur les sans-papiers) a réitiré ses critiques.
« Envoyer des personnes dans des centres d’expulsion situés hors de l’UE revient à arracher des enfants, des adultes et des familles à la vie qu’ils ont bâtie en Europe, pour les soumettre à une détention prolongée dans des lieux qui leur sont inconnus. Dans ces endroits, il sera difficile, voire impossible, de surveiller sérieusement ce qui s’y passe – et encore plus d’empêcher d’éventuels transferts en chaîne vers des pays où ces personnes pourraient être exposées à la violence ou à la mort », a déploré Michèle LeVoy, directrice de cette coalition d’ONG.
Sources: Infomigrants
