Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a confirmé le lundi 2 novembre 2026 que Paris mène des « discussions techniques » avec le gouvernement taliban afin de renvoyer en Afghanistan certains ressortissants afghans en situation irrégulière. La France ne reconnaît pourtant pas officiellement le régime de Kaboul et n’entretient pas de relations diplomatiques avec lui.
Interrogé par les députés lors d’une audition en commission à l’Assemblée nationale, le ministre a présenté ces échanges comme des discussions de nature technique, destinées à organiser le retour d’« un certain nombre » d’Afghans. Il n’a donné aucun chiffre. Selon l’AFP, Laurent Nuñez a indiqué que sa priorité portait sur des personnes susceptibles de représenter une menace pour l’ordre public, notamment celles condamnées par la justice. Il a également rappelé que d’autres pays européens, dont l’Allemagne, procèdent déjà ainsi.
L’existence de ces contacts avait été révélée début octobre par l’AFP, qui citait une source diplomatique française évoquant des échanges visant à « faciliter » les expulsions. C’est la première fois que le ministre les confirme publiquement devant le Parlement.
Une démarche européenne plus large
La France s’inscrit dans un mouvement engagé par une vingtaine de pays de l’Union européenne, parmi lesquels l’Allemagne, la Belgique et la Suède, qui cherchent à accélérer les retours vers l’Afghanistan. En juin 2026, une délégation talibane avait rencontré à Bruxelles des responsables de quinze États membres pour discuter de la lutte contre la migration irrégulière et de l’augmentation des renvois. Cette réunion avait été critiquée par des organisations de défense des droits humains.
Critiques politiques et alertes de l’ONU
À l’Assemblée, la députée écologiste Léa Balage El Mariky a reproché au gouvernement d’amorcer une normalisation des relations avec les talibans, dont elle a qualifié la politique de « crime contre l’humanité ». La Cour pénale internationale a délivré des mandats d’arrêt contre le chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, ainsi que contre d’autres responsables, en raison des restrictions imposées aux femmes et aux filles. En septembre 2026, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, avait demandé l’arrêt des retours forcés vers l’Afghanistan.
Les Afghans figurent depuis plusieurs années parmi les premières nationalités de demandeurs d’asile en France. La question des renvois intervient alors que l’Afghanistan fait face à des retours massifs depuis l’Iran et le Pakistan, et que les États-Unis préparent eux aussi l’expulsion de plus de 150 Afghans via le Pakistan.
Sources : AFP (via Arab News) ; Source : infomigrants.net
