Route atlantique : le Sénégal devient le premier point de départ des pirogues, Madrid dépêche son ministre de l’Intérieur à Dakar

Face à la reprise massive des arrivées de pirogues aux Canaries, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, était à Dakar le vendredi 6 novembre 2026 pour demander au Sénégal de renforcer la surveillance de ses côtes. Selon les autorités espagnoles, le pays est désormais le principal point de départ de la route atlantique, loin devant la Mauritanie.

Plus de 3 200 arrivées en cinq jours

Le rythme des traversées s’accélère. D’après des chiffres relayés par le site mauritanien Madar à partir de l’agence Europa Press, plus de 3 200 personnes ont atteint l’archipel espagnol sur 39 embarcations au cours des cinq premiers jours de novembre, la plupart à El Hierro. Pour la seule journée du jeudi 5 novembre, 743 migrants sont arrivés à bord de sept bateaux, répartis entre El Hierro, Gran Canaria, La Gomera et Lanzarote. Dans la nuit suivante, le sauvetage en mer espagnol (Salvamento Marítimo) a escorté trois autres pirogues, avec plus de 340 personnes, jusqu’au port de La Restinga.

Le mois d’octobre avait déjà marqué un tournant. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, cité par le site sénégalais Ndarinfo, 6 194 personnes ont débarqué aux Canaries en octobre 2026, soit davantage que sur les huit premiers mois de l’année réunis (5 163). C’est le mois d’octobre le plus chargé depuis 2023. La route reste meurtrière : le 2 novembre, au moins sept personnes sont mortes sur une embarcation secourue à environ 150 km de Lanzarote.

Mbour, Kafountine, Saint-Louis : les départs se déplacent vers le sud

La carte des départs a changé. Lors du précédent pic migratoire, jusqu’à 90 % des pirogues partaient de Mauritanie. La coopération entre Madrid et Nouakchott a fortement réduit cette voie : sur une cinquantaine d’embarcations arrivées en octobre, une seule venait de Mauritanie. Les bateaux secourus récemment avaient quitté Mbour, Kafountine ou Saint-Louis, au Sénégal, et d’autres Banjul, en Gambie, souvent avec des Sénégalais à bord. Fernando Grande-Marlaska était d’ailleurs passé par Nouakchott le mardi précédent pour remercier le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

À Dakar, le ministre espagnol a rencontré ses homologues sénégalais de l’Intérieur et des Forces armées. Il a plaidé pour une « solution conjointe » et salué le travail préventif des forces sénégalaises, qui ont intercepté depuis janvier 64 embarcations et plus de 4 000 personnes. Madrid annonce une contribution de 500 000 euros à la Marine nationale sénégalaise pour du matériel de navigation et de surveillance.

Les enquêteurs espagnols cherchent encore à savoir si la hausse tient surtout à une météo favorable ou à un relâchement des contrôles dans les ports sénégalais et gambiens. Sur le littoral de Saint-Louis, les opérations se multiplient : 24 candidats au départ ont été interpellés le 2 novembre à Mboubène, dans la commune de Ndiébène Gandiol. Aux Canaries, le président régional Fernando Clavijo reproche au gouvernement central son « silence » et réclame une réunion d’urgence de la Junta de seguridad, que Madrid écarte pour le moment.

Sources : Ndarinfo ; Madar (d’après Europa Press) ; Madar

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