L’administration américaine s’apprête à expulser plus de 150 Afghans détenus aux États-Unis, en les faisant transiter par le Pakistan avant leur renvoi en Afghanistan. Un premier vol était annoncé pour ce mardi 3 novembre. Soixante-six parlementaires américains demandent l’arrêt de l’opération, et le gouvernement taliban a fait part de sa « vive inquiétude ».
Un détour par Islamabad
Washington n’entretient pas de relations diplomatiques avec les talibans, revenus au pouvoir après le retrait américain d’août 2021, et ne peut donc pas organiser directement des vols vers Kaboul. D’après des documents judiciaires et des médias américains, les personnes concernées seraient embarquées depuis des centres de rétention de Louisiane, notamment à Alexandria, vers le Pakistan, qui superviserait ensuite leur renvoi. Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a indiqué devant la justice qu’il entendait, à terme, renvoyer certains Afghans dans leur pays.
Selon l’association AfghanEvac, qui aide les Afghans ayant collaboré avec l’armée américaine, le groupe comprendrait des proches de ces anciens alliés. Des Iraniens pourraient aussi figurer parmi les personnes visées, selon des défenseurs des droits humains. L’organisation Human Rights First a confirmé qu’un vol était programmé. Le responsable d’AfghanEvac, Shawn VanDiver, affirme que la plupart des personnes concernées n’ont pas pu contester correctement leur expulsion, faute d’avocat.
Élus américains et talibans réagissent
Dans une lettre datée du 2 novembre et adressée au secrétaire d’État Marco Rubio et au secrétaire à la Sécurité intérieure Markwayne Mullin, 66 membres du Congrès demandent la suspension des renvois. Ils estiment qu’un retour en Afghanistan pourrait être une « condamnation à mort » pour des personnes ciblées par les talibans en raison de leur soutien aux États-Unis.
À Kaboul, le porte-parole du ministère taliban des Affaires étrangères, Abdul Qahar Balkhi, a appelé Washington à une approche « responsable et mesurée », tout en se disant prêt à une coopération pratique. Les talibans ont décrété une amnistie générale pour ceux qui ont travaillé avec les forces occidentales, mais l’ONU a documenté des exécutions extrajudiciaires, des détentions et des abus. Aucune réaction officielle pakistanaise n’avait été rapportée.
Une pression croissante sur les Afghans exilés
Cette opération s’ajoute à d’autres mesures : interdictions de voyage visant notamment l’Afghanistan décidées en 2025 par l’administration Trump et tentatives de mettre fin à certaines protections contre l’expulsion. L’Allemagne et la Turquie ont déjà renvoyé directement des Afghans dans leur pays.
Le Pakistan, pays de transit choisi par Washington, mène lui-même une vaste politique de renvois : selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 2,68 millions d’Afghans ont quitté le Pakistan pour l’Afghanistan entre septembre 2023 et août 2026. Islamabad a récemment ordonné l’arrestation, dans tout le pays, des Afghans sans visa. Le HCR estime par ailleurs qu’environ 492 300 Afghans ont été expulsés d’Iran depuis le début de 2026, dans un pays déjà frappé par une grave crise humanitaire.
Sources : Al Jazeera, AFP / Taipei Times, VOA, Americas Migration Brief
